MOREAU Georges

MOREAU Georges

¤ 24 août 1895 à Arnay-le-Duc
† 10 décembre 1918 à Rijeka (Croatie)
2e classe – 42e régiment d’infanterie coloniale – 23 ans
Maladie contractée en service
Mort pour la France

“Non, je ne veux pas. Ce n’est pas vrai”.

Acte de naissance

N°83

Acte de naissance
de
Moreau, Georges
(légitime)

du 24 août 1895

L’an mil-huit-cent quatre-vingt-quinze, le vingt-quatre août, à l’heure de deux et demie du soir, heure légale, pardevant nous, Vollot, Antoine-François, maire, officier de l’état civil de la ville d’Arnay-le-Duc, chef-lieu de canton, arrondissement de Beaune, département de la Côte-d’Or. A comparu le sieur Moreau, Charles, âgé de trente-sept ans, ferblantier, domicilié à Arnay-le-Duc, rue de Dijon, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né aujourd’hui à une heure et demie du matin, heure légale+, de son mariage contracté à Arnay-le-Duc le neuf mars mil-huit-cent quatre-vingt-cinq avec Moreau Bouley, Jeanne, âgée de trente-quatre ans, sans profession, domiciliée avec lui et auquel enfant il a déclaré donner le prénom de Georges. Lesdites présentation et déclaration faites en présence des sieurs Rivière Gaston, âgé de quarante-quatre ans, ouvrier liquoriste, Labonde, Claude, âgé de quarante ans, plâtrier, tous deux domiciliés à Arnay-le-Duc, et ont le père de l’enfant et les deux témoins signé avec nous le présent acte de naissance après lecture.
[Signatures] G. Rivière / Moreau Charles / C. Labonde / A. Vollot
+ en son domicile. Renvoi approuvé.
[Signatures] G. Rivière / Moreau Charles / C. Labonde / A. Vollot
La rature d’un mot comme nul dans le corps de l’acte qui précède. Approuvée.
[Signatures] G. Rivière / Moreau Charles / C. Labonde / A. Vollot

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Fiche matricule

Nom : Moreau
Prénoms : Georges
Surnoms : _
Numéro matricule du recrutement : 495
Classe de mobilisation : _


État civil :

Né le 24 août 1895, à Arnay-le-Duc, canton dudit, département de la Côte-d’Or, résidant à Arnay-le-Duc, canton dudit, département de la Côte-d’Or, profession de zingueur, fils de feu Charles et de Bouley Jeanne domiciliés à Arnay-le-Duc, canton dudit, département de la Côte-d’Or.

Marié à _.


Signalement :

Cheveux châtains, Yeux gris,
Front large, Nez rectiligne,
Visage ovale, Renseignements physionomiques
complémentaires :
_
Taille : 1 mètre 71 centimètres.
Taille rectifiée :
1 mètre _ centimètres.
Marques particulières : _


Degré d’instruction générale : 3.

Décision du conseil de révision et motifs.

Inscrit sous le n°64 de la liste du canton d’Arnay-le-Duc.
Classé dans la 1e partie de la liste en 1914.


Corps d’affectation / Numéros au contrôle spécial – matricule ou au répertoire

Dans l’armée active : 5e Régiment d’Infanterie Coloniale – 96815
– 42e régiment d’infanterie coloniale

Disponibilité et réserve de l’armée active : _
Armée territoriale et sa réserve : _


Détail des services et mutations diverses.

Incorporé à compter du 19 décembre 1914. Arrivé au corps ledit jour. Passé au 42e régiment d’infanterie coloniale le 1er février 1918. Décédé le 10 décembre 1918 à Fiume (Croatie). Avis ministériel QO.54.705 du 11 mars 1919.


Antécédents judiciaires et condamnations

_.

Campagnes

Contre l’Allemagne du 19 décembre 1914 au 10 décembre 1918.

Blessures, citations, décorations, etc.

Blessé à l’oeil gauche par éclat de grenade aux cours de grenadiers le 12 novembre 1915.


Localités successives habitées
par suite de changements de domicile ou de résidence

Dates / Communes / Subdivisions de région / D : Domicile, R : Résidence

_.


Périodes d’exercices

Réserve : 1re dans le_, du _ au _.
– 2e dans le_, du _ au _.
– Supplémentaire dans le_, du _ au _.
Armée territoriale : 1re dans le_, du _ au _.
– Supplémentaire dans le_, du _ au _.
Spéciales aux hommes du service de garde des voies de communication :_.


Époque à laquelle l’homme doit passer dans :

La réserve de l’armée active :_
L’armée territoriale :_
La réserve de l’armée territoriale : _
Date de la libération du service militaire :_


Mis à jour la 3 septembre 1958
Le capitaine Feat chef de la 2e section
[Signature] Feat

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Journal des marches et opérations du 42e régiment d’infanterie coloniale

Pour le 42e régiment d’infanterie coloniale, la Saint-Sylvestre annonçant le début de l’année 1917 est marquée par le long voyage de la France pour Salonique, en Grèce, afin de rejoindre l’armée d’Orient. Nous ne savons pas si, à cette époque, le soldat Moreau est déjà passé au 42e, ou s’il est toujours au 5e régiment d’infanterie coloniale. Pour les soldats, c’est le temps de se battre contre de nouveaux ennemis, les Bulgares, et de découvrir de nouveaux alliés comme les Serbes, les Grecs, les Russes (jusqu’à l’été 1917), en plus des Britanniques et des Italiens. Le 42e R.I.C. combat d’abord à la bataille de Monastir (aujourd’hui Bitola en république de Macédoine du Nord). A la fin de l’été 1918, le régiment se prépare à participer à une offensive alliée d’envergure qui doit permettre de repousser les Bulgares dans les Balkans. Cette opération, appelée offensive de l’armée d’orient ou offensive du Vardar, débute dans la nuit du 14 au 15 septembre.

Carte serbe du front lors de l’offensive de 1918, issue du livre Solynska ofanziva 1918
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Ce sera la dernière grande attaque puisque l’Allemagne signe l’armistice le 11 novembre. Compte tenu du peu d’information dans le J.M.O., nous résumons le contenu de l’armistice à la mort du soldat Moreau dans les lignes suivantes, à l’exception de la citation.

Pour sa conduite lors de l’offensive, le régiment est cité à l’ordre de l’armée pour les motifs suivants :

Le Régiment est cité à l’ordre de l’armée (Ordre du Général n°25. Armée française d’Orient).
« Régiment d’élite, auquel est rattaché le 39e bataillon de tirailleurs sénégalais, comptant parmi les meilleurs de l’armée coloniale, qui vient d’ajouter sous les ordres du chef de bataillon Montégu, une nouvelle page à sa belle histoire militaire, en rompant le Front Bulgaro-Allemand sur la Cerna et en poursuivant par des marches forcées l’ennemi qu’il n’a cessé de talonner pendant 3 semaines en l’empêchant de rétablir son front. En particulier, le 4 octobre, par un raid audacieux de 40 kilomètres magnifiquement réussi à travers les montagnes serbes, s’est emparé de Tous les convois de l’armée allemande de Macédoine lui enlevant 45 canons la plupart de gros calibre, de nombreuses mitrailleuses, plus de 100 camions automobiles, 23 fours de campagne, 15000 voitures et des parcs de toute sorte. A fait au cours de cette opération 150 prisonniers dont 5 officiers. »

Dans les jours qui suivent l’armistice, le régiment reçoit l’ordre de rejoindre, par le Danube, les ports de Raguse et Fiume (ce sont les noms italiens alors utilisés pour Dubrovnik et Rijeka), en Croatie. Le 19 novembre, les bataillons embarquent sur des bateaux fluviaux, puis, le 23 novembre, prennent le train jusqu’à Fiume. Le 26, une partie du régiment se dirige vers Raguse. C’est certainement autour de cette période que le soldat Moreau tombe malade et est évacué.

Tout au long de la campagne d’Orient, le climat rigoureux, et les maladies, en particulier le paludisme, ravagent les unités. Aucun des deux camps n’échappe à cette condition de la guerre dans l’Orient européen et nombreux sont les hommes qui périssent dans les hôpitaux, voire parfois lors de leur sommeil dans les rudes nuits d’hiver.

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Décès

N°49

Transcription de l’acte de
Décès
de
Moreau Georges
âgé de 23 ans
« Mort pour la France »

Du 14 juin 1919

Acte de décès

L’an mil-neuf-cent-dix-neuf, le quatorze janvier à dix heures étant à Fiume (Croatie). Acte de décès de Moreau Georges, soldat de 2e classe, numéro matricule 5/9681 classe 1915 du recrutement d’Auxonne matricule de recrutement 495 né le 24 août 1895 à Arnay-le-Duc, département de la Côte-d’Or, de la 19e compagnie du 42e colonial en dernier lieu à Arnay-le-Duc (Côte-d’Or) Mort pour la France à Fiume (Croatie) le dix décembre mil-neuf-cent-dix-huit à neuf heures, fils de … célibataire. Dressé par moi Couërou Aristide lieutenant décoré de la Croix de guerre, officier de l’état civil, sur la déclaration de Philidet Antoine brancardier décoré de la Croix de guerre âgé de trente ans domicilié à Périgueux département de la Loire et de Pujol Etienne brancardier âgé de vingt-cinq ans domicilié à Seix département de l’Ariège tous deux de la 18e compagnie du 42e Colonial. Témoins qui ont signé avec moi, après lecture.
Le premier témoin : signé : Philidet. Le 2nd témoin, signé : Pujol. L’officier de l’Etat Civil, signé : Couërou.
N°24. Vu : le sous-intendant militaire, signé : Chabaud.
Vu pour légalisation de la signature de M. le sous-intendant Chabaud.
Paris le 18 mars 1919.
Le ministre de la Guerre
par délégation.
Le chef du bureau des archives administratives
(signature illisible)
L’acte de décès ci-dessus a été transcrit le treize juin mil-neuf-cent-dix-neuf dix heures, par nous Claude Bullier adjoint, officier de l’Etat Civil faisant fonctions de maire d’Arnay-le-Duc.
[Signature] C. Bullier

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Données additionnelles

Au moment du recensement de 1911, Georges Moreau réside rue du faubourg Dijon avec sa mère, veuve, ses frère et sœur Jules et Marthe, ainsi qu’un pensionnaire mécanicien au tramway, Pierre Bonnard. Le 19 décembre 1914, Georges est incorporé au 5e régiment d’infanterie coloniale et arrive le lendemain au corps. Il est en compagnie de Jules Coulon. Les deux hommes partent certainement ensemble et servent dans ce régiment soit jusqu’au départ de Georges pour le 42e R.I.C., date que nous ne connaissons pas, soit jusqu’à la mort de Jules le 4 septembre 1916.

Un roman autobiographique écrit par M. Godard, qui évoque notamment sa jeunesse arnétoise dans les années 50 et dont les lignes suivantes nous sont transmises par son fils, M. Didier Godard, raconte une terrible journée d’été vécue par une certaine Marie Marbeuf :

[…] Un jour d’été, alors qu’elle était dans son jardin en train de soigner ses fleurs, elle aperçut le facteur qui gravissait péniblement le chemin desservant le quartier pauvre d’Arnay qu’elle habitait. Et ce fut la révolte.

Non, s’était-elle écriée, non, je ne veux pas. Ce n’est pas vrai.

Elle avait compris que le facteur apportait la nouvelle de la mort au front de son troisième fils. A partir de ce jour-là Marie Marbeuf fut bizarre et le reste jusqu’à sa mort. Elle secouait sans cesse la tête en disant : « Non, non. » Elle continua tout de même à tenir sa maison mais elle parlait à ses vaches comme elle eût parlé à ses fils.

(2)

Il ne fait nul doute que Marie Marbeuf est en réalité Jeanne Bouley, veuve Moreau. En octobre 1916, une funeste lettre lui apprend le décès de Robert, décédé le 14 août. Lorsque le facteur gravit le chemin de sa maison, en cet été 1919, pour lui annoncer la mort de Georges, son cadet, sait-elle déjà, au fond d’elle-même, que son cher Charles, dont le décès n’est pas encore officiel, est lui-aussi mort depuis 1915 ? Il lui faudra douloureusement attendre jusqu’en 1923 pour que Jeanne Bouley soit officiellement reconnue comme la mère de trois enfants morts pour la France. Seul Jules, son fils aîné, revient de la guerre, non sans avoir été blessé en 1916.

Les frères Moreau sont cousins germains de Julien Denninger, mort pour la France en septembre 1915.

Georges Moreau repose au cimetière de Zeïtenlik (Thessalonique, Grèce) en compagnie de 8097 de ses camarades français, 8000 serbes, 3500 italiens, 1750 britanniques et soldats du Commonwealth, et 500 russes.

Carte

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Sources

  • A. D. de la Côte-d’Or, état civil numérisé, Arnay-le-Duc 1893 – 1896 (FRAD021EC 26/036), Moreau Georges, n°83, 1895, vue 159/272.
  • A.D. de la Côte-d’Or, recrutement militaire (1867-1940), classe 1915, bureau d’Auxonne (R 2513), vue 015/923.
  • S.H.D, Mémoire des Hommes, Journaux des marches et opérations des corps de troupe, 42e régiment d’infanterie coloniale, 14 septembre 1918 – 12 février 1919 (26 N 867/4), vues 13-4/20.
  • A.D. de la Côte-d’Or, état civil numérisé, Arnay-le-Duc 1916 – 1920 (FRAD021EC 26/041), Moreau Georges (transcription), n°49, 1919, vues 220/329.
  • (1) (17 décembre 2021), « План снага за пробој солунског фронта 1918 » in Wikipedia Commons [En ligne] (Consultée le 12 mai 2022).
  • (2) Ces lignes ont été transmises par M. Didier Godard, d’après le manuscrit du roman de son père.