LEROY Alphonse Eugène

LEROY Alphonse Eugène

¤ 3 février 1869 à Paris (9e arrondissement)
† 22 octobre 1917 à Arnay-le-Duc
Soldat – section de la garde de voies de communication – 48 ans
Mort des suites de maladie

Signature d’Alphonse Leroy à son mariage en 1896.
“Sapeur-pompier.”

Acte de naissance

N°212

Leroy

Du jeudi quatre février mil huit cent soixante-neuf, midi et demie. Acte de naissance de : Alphonse, Eugène, lequel nous a été présenté, et que nous avons reconnu être du sexe masculin ; né hier soir à onze heures chez la sage-femme ci-après nommée rue des Martyrs n°20 ; fils de : Marie Leroy, modiste âgée de vingt-sept ans, né à Beaugency (Loiret), demeurant rue Saint-Sauveur n°50, et de père non dénommé. Le présent acte dressé sur la déclaration de Madame Léonide Adèle, Barbet, femme Chamault, sage-femme âgée de quarante ans, en présence de MMr. Eugène Boivin, courtier de commerce, âgé de quarante-cinq ans, demeurant à Gentilly (Seine), et de Jean Pradet journalier, âgé de cinquante-quatre ans, demeurant rue Char[ ?] n°22, témoins qui ont signé avec la sage femme et avec nous François, Jean Schaeffer, adjoint au maire, après lecture faite.
[Signatures] f. Chamault / Pradet / E. Boivin / F. Schaeffer

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Fiche matricule

Décédé

Nom : Leroy
Prénoms : Alphonse-Eugène
Surnoms : _
Numéro matricule du recrutement : 729
Classe de mobilisation : 1889


État civil :

Né le 3 février 1869, à Paris, canton du dit, département de la Seine, résidant à Maconge, canton de Pouilly-en-Auxois, département de la Côte-d’Or, profession de domestique, fils d’enfant assisté de la Seine et de _ domiciliés à _, canton d_, département de _.

N°.24 de tirage dans le canton de Pouilly-en-Auxois.


Signalement :

Cheveux et, sourcils châtains,
yeux noirs, front ordinaire,
nez moyen, bouche moyenne,
menton rond, visage ovale,
Taille : 1 m. 62 cent. Taille rectifiée : 1 m. _ cent.
Marques particulières : _
Degré d’instruction : générale : 3 / militaire : _


Décision du conseil de révision et motifs :

Bon.

Compris dans la 1ere partie de la liste du recrutement cantonal (__e portion).


Corps d’affectation / Numéros au contrôle spécial – matricule ou au répertoire

Dans l’armée active : 5e bataillon de chasseurs à pied
Disponibilité et réserve de l’armée active : Bataillon de Chasseurs à pied 4710
Armée territoriale et sa réserve : 57e régiment territorial d’Infanterie 8460
– Service auxiliaire
.


Détail des services et mutations diverses. (Campagnes, blessures, actions d’éclat, décorations, etc.)

Incoporé au 5e Bataillon de chasseurs à pied à compter du 15 novembre. Arrivé au corps le dit jour. Immatriculé sous le n°844.
Envoyé en congé le 24 septembre 1893 en attendant son passage dans la réserve de l’armée active. Certificat de bonne conduite “accordé”
.


Passé dans la _ de l’armée active le _.

Dans la disponibilité ou dans la réserve de l’armée active.

Affecté au bataillon de Chasseurs à pied stationné à Dijon Langres.

A accompli une 1re période d’exercice dans le 5e bataillon de chasseurs à pied du 28 septembre au 25 octobre 1896.
A accompli une 2e période d’exercices dans le 5e Bataillon de Chasseurs à pied du 2au 29 octobre 1899.
Passé dans l’armée territoriale le 1er novembre 1903.


Dans l’armée territoriale et dans sa réserve.

57e Régiment territorial d’Infanterie. Soldat – 803
Rappelé à l’activité (Mobilisation générale du 2 août 1914)
Arrivé au corps, le 3 août 1914, service des Gardes des Voies de Communication. Classé service auxiliaire par la Commission de Réforme d’Auxonne du 9 juin 1916, pour “Bronchite suspecte”. 117/
Renvoyé dans ses foyers le 12 juin 1916 (circulaire ministérielle n°177221, du 21 novembre 1915).
Décédé le 22 octobre 1917 à Arnay-le-Duc
.
A accompli une période d’exercices dans le dispensé sapeur-pompier du _ au _
Passé dans la réserve de l’armée territoriale le 1er octobre 1909.
Libéré du service militaire le 1er décembre 1918 (circulaire ministérielle 249131/11 du 15 novembre 1918)
Campagne contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 11 juin 1916


Localités successives habitées
par suite de changements de domicile ou de résidence

Dates / Communes / Subdivisions de région / D : Domicile, R : Résidence

4 février 1894 / Arnay-le-Duc / Auxonne / R
– 7 octobre 1903 / Arnay-le-Duc / Auxonne / D
15 janvier 1912 / Sainte-Sabine / Auxonne / R


Époque à laquelle l’homme doit passer dans :

La disponibilité de l’armée active :_
La réserve de l’armée active :1e novembre 1893
L’armée territoriale :1e novembre 1903
La réserve de l’armée territoriale : 1e novembre 1909 / 1 octobre 1909
Date de la libération du service militaire :1e novembre 1915 / 1 octobre 19151916.

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Journal des marches et opérations

Le soldat Leroy est renvoyé dans ses foyers après deux ans de campagne, le 12 juin 1916. Nous n’avons pas de J.M.O. permettant de retracer son parcours (les sections sont-elles rattachées au régiment territorial ?).

À partir de 1909, Alphonse Leroy est dans la réserve de l’armée territoriale. Théoriquement, il est presque arrivé au bout de son parcours militaire et doit prochainement, en 1915, être citoyen entièrement libéré de ses obligations militaires. « La territoriale » est pour les hommes la dernière étape des obligations militaires qu’ils doivent accomplir durant leur vie. Avec sa réserve, la territoriale regroupe les citoyens qui ont, environ, entre 35 et 45 ans. En 1914, ces hommes ont pour beaucoup effectué leur service militaire presque 20 ans auparavant et, exception faite des trois périodes d’exercice de trois semaines à un mois qu’ils peuvent être amenés à faire, ils n’ont plus guère d’expérience militaire qui correspond à la nature de la guerre de 1914. Ils sont les « pépères » de l’armée. Si les commissions de réforme sont censées trier les hommes avant leur incorporation, que ce soit dans l’armée active, la réserve ou la territoriale, il y a en réalité beaucoup de soldats en très mauvaise santé qui sont envoyés se battre.

Parmi ces réservistes, il existe une catégorie d’hommes légèrement oubliée de la guerre : les affectés à la garde des voies de communication. Comme tous les autres, Alphonse Leroy a un fascicule de mobilisation qu’il conserve avec lui. Ce fascicule indique aux militaires et réservistes leur affectation en cas de mobilisation afin qu’ils puissent prendre la route le plus rapidement possible. Sans ce fascicule, nous ne savons quelle était l’affectation exacte du soldat Leroy. Les sections de la garde des voies de communication (GVC), instituées dans les années 1880, forment des unités cruciales pour le bon déroulement de la mobilisation, dans un premier temps, puis de l’approvisionnement continuel des fronts et du reste du pays. Les gardes doivent se poster à des points stratégiques préétablis pour des missions de surveillance des gares, voies ferrées, canaux et rivières, ainsi que des routes importantes. En effet, l’ennemi pourrait essayer de saboter ces voies de communication tant vers les fronts qu’à l’intérieur du pays. En théorie, les gardes sont affectés proche de chez eux, à une dizaine ou vingtaine de kilomètres tout au plus. Leur fascicule de mobilisation indique qu’ils doivent s’y rendre sans délai, preuve de l’importance de leur rôle. Certains rejoignent un temps un dépôt proche de chez eux pour participer à l’accueil des réservistes (fourniture d’équipement et matériel, transport, etc.). Bien souvent, le GVC n’a pas d’uniforme à proprement parler au moment de la mobilisation, il est équipé au fur et à mesure en fonction des stocks disponibles, et il n’est pas rare de voir un garde habillé à moitié en civil, à moitié en uniforme, avec ses sabots. Il en est de même pour l’armement puisqu’ils sont équipés du vieux fusil Gras modèle 1874.

Des gardes des voies de communication(1).
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Le vendredi 31 juillet 1914, l’ordre de mobilisation n’est encore sonné mais il ne fait guère de doute que quelque chose se prépare puisque des milliers d’hommes sont sur le pieds de guerre. Les permissionnaires sont rappelés, les forts en état de défense, et les GVC sont convoqués à un grande exercice. C’est pourquoi certains gardes sont en route pour leur affectation, voire en poste, dès le 1er août(2). Alphonse Leroy ne rejoint son affectation que le 3 août. Il est possible qu’il n’était pas à son domicile lorsque le facteur ou les gendarmes d’Arnay-le-Duc lui apportent la nouvelle de son appel et qu’il lui faut voyager pour revenir (il pouvait être en déplacement personnel puisque la mobilisation se fait un dimanche). Il est aussi possible qu’il soit affecté à un lieu plus éloigné que la norme, comme un dépôt à Dijon ou Auxonne.

Si les affectés à la garde des voies de communication semblent être plus en sécurité que les autres mobilisés, ce n’est pas une tâche aisée et nombreux sont les GVC qui y laissent leur vie. Tout d’abord, les gardes ne sont pas logés à la même enseigne selon leur région d’affectation. Ceux qui sont proches des fronts sont sujets aux dangers que cela implique et ils doivent aussi faire face aux mouvements du front, surtout au début de la guerre avec les avancées allemandes. Il faut d’ailleurs envoyer des GVC de l’intérieur remplacer ceux morts ou disparus près des fronts. À cela s’ajoutent les maladies qui peuvent faire des ravages, d’autant plus que les GVC ne sont pas des hommes jeunes. Les commissions de réforme ne sont pas plus clémentes avec eux qu’avec les autres. C’est ce qui semble arriver à Alphonse Leroy. Le 9 juin 1916, il est retiré de sa section de GVC pour être versé dans un service auxiliaire (sans plus de précision) pour « bronchite suspecte ». La « bronchite suspecte » est un terme un peu fourre-tout pour décrire les pulmonaires qui ne sont pas proprement diagnostiqués ou sont en état de latence. Ils sont autant malades de bronchite que de la tuberculose, ou autre. Parfois malades avant la guerre, l’étiquette « bronchite suspecte » indique surtout que l’armée ne sait pas réellement quoi faire de ces milliers d’hommes(3). Alors ils alternent entre les hôpitaux, le front s’ils vont mieux, le service auxiliaire s’ils montrent plus de symptômes. Finalement, l’état de santé d’Alphonse Leroy est plus grave qu’il n’y paraît car 3 jours après sa réforme il est renvoyé dans ses foyers … pour mourir chez lui. L’armée ne considère pas que sa maladie est imputable au service. Le soldat Leroy meurt un an plus tard. Sa famille et la commune considèrent cependant qu’il est mort à cause de faits de guerre puisque que son nom est frappé sur le monument aux morts.

Décès

            N°89            

Décès
de Leroy Alphonse Eugène
homme marié, âgé de 48 ans

Du 23 octobre 1917

Le vingt deux octobre mil neuf cent dix sept, à quatorze heures Alphonse Eugène Leroy né à Paris neuvième arrondissement, le trois février mil huit cent soixante neuf, ouvrier en limes, fils de Leroy Marie, époux de Narcy Marie Mathilde est décédé en son domicile, rue de Paris. Dressé le vingt-trois octobre mil neuf cent dix sept, neuf heures du matin sur la déclaration de Déjardin Ernest soixante ans, agent de police et de Grujard Louis cinquante quatre ans rentier, tous deux domiciliés en cette commune, qui, lecture faite ont signé avec nous Nicolas Justin Hutin, maire d’Arnay-le-Duc.
[Signatures] Grujard / Dejardin / Hutin
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Données additionnelles

Alphonse Eugène Leroy est né en 1869 dans le 9e arrondissement de Paris, au 20 rue des Martyrs. C’est là où, deux ans plus tard, le général Jacques Clément-Thomas est arrêté par des habitants et fusillé, devenant un des premiers morts de la Commune de Paris. C’est une rue alors connue pour être un haut-lieu de la prostitution, comme le décrira plus tard l’écrivain Paul Léautaud qui y vit ses premières années à la même époque. La mère d’Alphonse, Marie Leroy, fabrique et/ou vend des chapeaux. Mais elle est ne peut s’occuper de son fils qui est très jeune remis à l’assistance publique de la Seine.

Comme de nombreux enfants confiés à l’assistance il est envoyé en Bourgogne, dans l’Auxois, aux portes du Morvan. En 1906, 22 000 enfants assistés de la Seine, sur 53 200, sont confiés à des familles nourricières de cette région(4). En 1881, à Maconge, canton de Pouilly-en-Auxois, M. et Mme. Perrault emploient un jeune domestique de 12 ans nommé dans le recensement Eugène Alfred Leroy qui, selon toute vraisemblance, est Alphonse Leroy(5). C’est bien à Maconge qu’il habite lorsqu’il part faire son service militaire au 5e bataillon de chasseurs en 1889. Le 2 mars 1896, alors qu’il est désormais domicilié à Arnay-le-Duc, Alphonse Leroy épouse Marie Mathilde Narcy(6). Il est donc le beau-frère d’Édouard Narcy, dont le parcours de guerre est semblable puisqu’Édouard décède à Arnay-le-Duc le 21 novembre 1918 des suites de maladie, sans être considéré comme mort pour la France.

Arbre généalogique de la famille Narcy-Leroy.
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Édouard et Alphonse sont tous les deux sapeurs-pompiers à Arnay-le-Duc. En 1911, le couple Leroy est recensé rue de Paris et a au moins trois enfants : Virginie, Jeanne et Henri. Ce dernier fait carrière dans l’artillerie et devient résistant pendant l’occupation. M. Didier Godard nous dit qu’il croit savoir, « mais sous réserves, qu’[Henri] aurait été gaulliste pendant la guerre 39-45 ». Après la guerre, le colonel Henri Leroy est également conseiller municipal d’Arnay-le-Duc lors du mandat de Pierre Meunier, ancien résistant, proche de Jean Moulin et secrétaire général du Conseil National de la Résistance et député de Côte-d’Or de 1946 à 1958.

Les trois enfants Leroy sont adoptés par la nation après le décès d’Alphonse.

Carte

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Sources

  • Archives de Paris, état civil numérisé, 9e arrondissement, naissances 1869 (V4E 1052), Leroy Alphonse Eugène, n°212, 1869, lien vers le registre.
  • A.D. de la Côte-d’Or, recrutement militaire (1867-1940), classe 1889, bureau d’Auxonne (R 2219), vue 356/784.
  • A.D. de la Côte-d’Or, état civil numérisé, Arnay-le-Duc 1916 – 1920 (FRAD021EC 26/041), Leroy Alphonse Eugène, n°89, 1917, vue 95/329.
  • (1) Carobbi, Arnaud (s.d.), « Au détour d’un JMO (20). Le BM de GVC relevés du 44e RIT à Verdun », in Le parcours du combattant de la guerre 1914-1918 [En ligne] (consulté le 14 juillet 2022).
  • (2) Pour en apprendre plus sur les GVC, voir : (27 août 2014), « Les gardes des voies de communication (GVC) : les premiers mobilisés ? » in GVC 14-18 [En ligne] (consulté le 14 juillet 2022).
  • (3) Darmon, Pierre (2022), « La Grande Guerre des soldats tuberculeux », in Annales de démographie historique, n°103, pp. 35-50 [En ligne] (consulté le 14 juillet 2022).
  • (4) Cadoret, Anne (1989), « L’accueil d’enfants de l’Assistance publique, dans le Morvan » in Ethnologie française, 19(4), pp. 341‑349.
  • (5) A.D. de la Côte-d’Or, population, dénombrement de la population, Maconge 1881 (10 M 359-10), vue 3/7.
  • (6) A.D. de la Côte-d’Or, état civil numérisé, Arnay-le-Duc 1893 – 1896 (FRAD021EC 26/036), Leroy Alphonse Eugène – Narcy Marie Mathilde, n°23, 1896, vues 202-03/272.