{"id":2694,"date":"2024-02-08T07:28:46","date_gmt":"2024-02-08T07:28:46","guid":{"rendered":"https:\/\/alisteraldridge.fr\/arnay1418\/?p=2694"},"modified":"2024-02-08T07:58:01","modified_gmt":"2024-02-08T07:58:01","slug":"la-guerre-aura-t-elle-lieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alisteraldridge.fr\/arnay1418\/2024\/02\/08\/la-guerre-aura-t-elle-lieu\/","title":{"rendered":"La guerre aura-t-elle lieu ?"},"content":{"rendered":"<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>Voici un extrait de la troisi\u00e8me partie de mon livre, <em>Et sonna le tocsin<\/em>, relatant le d\u00e9but de la guerre v\u00e9cu \u00e0 Arnay-le-Duc et par les Arn\u00e9tois.<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure><blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Je ne pr\u00e9vois pas d\u2019\u00e9v\u00e9nements particuli\u00e8rement graves \u2013 telle une guerre \u2013 pour l\u2019ann\u00e9e 1914<\/em><a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a><em>.<\/em><br><strong>Mme Lorenza, cartomancienne. Janvier 1914.<\/strong><\/p>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><cite><a id=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cit\u00e9e par Le Naour, Jean-Yves (2016), <em>1914. Op. cit.,<\/em> (version num\u00e9rique non pagin\u00e9e).<\/cite><\/blockquote><a class=\"wp-block-read-more\" href=\"https:\/\/alisteraldridge.fr\/arnay1418\/2024\/02\/08\/la-guerre-aura-t-elle-lieu\/\" target=\"_self\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\">\u00a0: La guerre aura-t-elle lieu ?<\/span><\/a><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><h2 class=\"wp-block-heading\">Les \u00e9tincelles de l\u2019Est<\/h2><p><em>Fin juillet 1914<\/em>. Le temps est maussade et frais. Partout en France les paysans sont occup\u00e9s aux moissons, les ouvriers poursuivent leur travail habituel tout comme les artisans et les fonctionnaires. La France est passionn\u00e9e par l\u2019affaire Caillaux. Les journaux et les lecteurs suivent avec grand int\u00e9r\u00eat le proc\u00e8s d\u2019Henriette Caillaux, \u00e9pouse du ministre des Finances Joseph Caillaux qui a abattu le directeur du Figaro Gaston Calmette le 16 mars. Les uns pensent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tragique histoire de c\u0153ur, les autres n\u2019oublient pas que Calmette a effectu\u00e9 contre le ministre Caillaux une des plus grandes campagnes de d\u00e9nigrement et diffamation de l\u2019histoire de la presse fran\u00e7aise. Bien s\u00fbr, personne n\u2019oublie les tensions europ\u00e9ennes qui s\u2019accentuent depuis l\u2019assassinat de l\u2019archiduc Fran\u00e7ois-Ferdinand et de son \u00e9pouse, Sophie Chotek, d\u2019autant plus qu\u2019Henri Poincar\u00e9 et Ren\u00e9 Viviani sont en Russie du 20 au 23 juillet, \u00e9tape d\u2019un voyage pr\u00e9vu de longue date. Les regards sont surtout riv\u00e9s sur trois pays, l\u2019Autriche-Hongrie, la Serbie et la Russie. Le 23 juillet, l\u2019Autriche-Hongrie lance son ultimatum \u00e0 la Serbie que le petit royaume ne peut accepter. La guerre semble loin mais les tensions se font ressentir, surtout chez les militaires et les conscrits. Il est difficile de savoir ce que pensent les Arn\u00e9tois mais une lettre \u00e9crite par un camarade d\u2019Henri Laroche, engag\u00e9 volontaire de la classe 1911, est r\u00e9v\u00e9latrice du ressenti de nombreux militaires dans les jours qui pr\u00e9c\u00e8dent la guerre. Henri Plumard est un jeune soldat de la Sarthe qui est \u00e0 Oran avec le 2<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de zouaves, comme Laroche qu\u2019il conna\u00eet peut-\u00eatre. Il \u00e9crit \u00e0 sa famille le 26 juillet&nbsp;:<\/p><blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Et le proc\u00e8s Caillaux que va-t-il devenir&nbsp;? Sera-t-elle acquitt\u00e9e ou condamn\u00e9e&nbsp;? Maintenant vous ne pouvez pas vous figurer tous les bruits qui courent. Les uns disent nous allons partir pour le Maroc les autres que nous allons partir pour la guerre avec l\u2019Allemagne qui doit ce d\u00e9clarer ces jours ci au sujet du conflit Austro-Serbe. Malgr\u00e9 tous ces bruits je crois bien que rien n\u2019arrivera car beaucoup sont des rapports de cantine.<\/p><\/blockquote><p>Le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt, Plumard d\u00e9clare \u00eatre depuis une semaine \u00ab&nbsp;dans l\u2019ind\u00e9cision. Est-ce le Maroc ou l\u2019Allemagne<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p><p>Depuis plusieurs jours, les minist\u00e8res europ\u00e9ens s\u2019affairent \u00e0 parer \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9. La suite des \u00e9v\u00e9nements doit d\u00e9pendre de la r\u00e9ponse de la Serbie \u00e0 l\u2019ultimatum autrichien et de la r\u00e9action de la Russie. Si guerre il doit y avoir, elle peut encore rester une affaire austro-serbe m\u00eame s\u2019il ne fait gu\u00e8re de doutes que la Russie s\u2019appr\u00eate \u00e0 intervenir, mettant ainsi en marche l\u2019engrenage des alliances. L\u2019ind\u00e9cision r\u00e8gne \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg. Les militaristes au gouvernement veulent agir au plus vite en d\u00e9clarant au moins une mobilisation partielle des arm\u00e9es. Ils savent qu\u2019avec la f\u00e9brilit\u00e9 des infrastructures ferroviaires et la taille de l\u2019empire russe, chaque heure perdue peut amener une \u00e9ventuelle d\u00e9faite. Nicolas&nbsp;II ne souhaite pas vraiment une guerre mais le tsar est un homme peu r\u00e9solu et ais\u00e9ment convaincu par des tiers. En revanche, il croit en la mission histoire de la Russie&nbsp;: prot\u00e9ger et unifier les Slaves. Il ne peut par ailleurs ignorer la pression publique. Dans les centres urbains, des manifestations en soutien aux Serbes \u00e9clatent d\u00e8s le 25 juillet. M\u00eame les Russes pacifistes ou profond\u00e9ment anti-tsaristes s\u2019offusquent de l\u2019ultimatum adress\u00e9 \u00e0 la Serbie. Le 28 juillet, la presse fran\u00e7aise \u00e9voque, avec un optimisme toutefois r\u00e9serv\u00e9, une renonciation russe \u00e0 intervenir gr\u00e2ce \u00e0 la diplomatie anglaise et fran\u00e7aise<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Le conflit pourrait donc rester une affaire r\u00e9gionale. Mais le m\u00eame jour, le 28 juillet, Vienne d\u00e9clare la guerre \u00e0 la Serbie.<\/p><p>Le ministre russe des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Sergue\u00ef Sazonov, qui temp\u00e8re jusqu\u2019alors la fatalit\u00e9 d\u2019une guerre europ\u00e9enne, se rend compte qu\u2019elle est sur le point d\u2019\u00e9clater<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Le lendemain, le tsar ordonne la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale de son arm\u00e9e. Elle doit d\u00e9buter le jour suivant. Mais, en quelques heures, il change d\u2019avis et n\u2019ordonne qu\u2019une mobilisation partielle. En s\u2019entretenant avec son cousin le kaiser d\u2019Allemagne, Nicolas&nbsp;II croit sinc\u00e8rement qu\u2019il est encore possible de r\u00e9gler diplomatiquement le conflit. Il \u00e9voque le tribunal international de La Haye pour trouver un compromis qui emp\u00eacherait la mobilisation de la Russie, et donc de l\u2019Allemagne et de la France, et ainsi de suite. L\u2019\u00e9tat-major ne l\u2019entend pas de cette mani\u00e8re et les officiers harc\u00e8lent le tsar pour qu\u2019il r\u00e9tablisse l\u2019ordre de la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. Le 30 juillet, c\u2019est Sazonov lui-m\u00eame qui convainc Nicolas&nbsp;II de d\u00e9clarer la mobilisation alors que quelques heures auparavant ce ministre esp\u00e9rait maintenir la paix europ\u00e9enne. Pour une fois, le tsar ne semble pas vouvoir c\u00e9der \u00e0 son entourage mais il finit par \u00eatre persuad\u00e9 que le salut de la Russie ne peut que se faire dans la guerre. Sazonov ne manipule pas r\u00e9ellement le tsar. Apr\u00e8s des jours et des nuits \u00e9reintants, comme pour l\u2019ensemble des gouvernements europ\u00e9ens, il ne voit aucune autre solution. Le 31 juillet, alors que la mobilisation russe est en marche, le ministre d\u00e9clare \u00e0 l\u2019ambassadeur du Royaume-Uni que \u00ab&nbsp;l\u2019excitation dans le pays atteint un tel degr\u00e9 qu\u2019elle ne peut \u00eatre retenue si l\u2019Autriche refuse de faire des concessions [\u2026] il y aurait une r\u00e9volution dans le pays<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb. Un si\u00e8cle plus tard, il peut sembler cruellement ironique que le gouvernement russe estime l\u2019entr\u00e9e en guerre comme un rempart \u00e0 une r\u00e9volution. Mais l\u2019h\u00e9sitation et la d\u00e9cision finale russe est symptomatique de cette atmosph\u00e8re anxiog\u00e8ne qui r\u00e8gne un peu partout. Chacun est persuad\u00e9 d\u2019\u00eatre agress\u00e9, d\u2019\u00eatre la victime des dessins hostiles de son voisin. Le 28 juillet, le <em>Journal de Beaune<\/em> r\u00e9sume bien ce contexte alarmant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il r\u00e8gne sur toute l\u2019Europe une fi\u00e8vre d\u2019angoisse, qui a gagn\u00e9 les populations des campagnes, au fond des provinces. Est-ce la guerre<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;?&nbsp;\u00bb L\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements donne raison \u00e0 ce journaliste. Ce qu\u2019il se passe dans les minist\u00e8res russes, et de tous les autres pays concern\u00e9s, montrent que la guerre d\u00e9coule \u00e0 la fois des d\u00e9cisions de quelques personnalit\u00e9s politiques mais aussi d\u2019un certain contexte fataliste qui conduit inexorablement les nations \u00e0 prendre les armes. De la Sib\u00e9rie aux littoraux nippons, des rives de la Tamise aux deltas de Tanzanie, d\u2019Arnay-le-Duc \u00e0 Calcutta, les populations se mobilisent pour un conflit dont elles n\u2019envisagent pas encore la nature ou les cons\u00e9quences.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00ab&nbsp;Correspondance de 1914 d\u2019Henri Constant Plumard&nbsp;\u00bb in <em>Le Chtimiste <\/em>[En ligne] (consult\u00e9 le 2 septembre 2023).<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> (28 juillet 1914), \u00ab&nbsp;Derni\u00e8re heure&nbsp;\u00bb in <em>Journal de Beaune<\/em>, p. 3.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Becker, Jean-Jacques (2013), <em>L\u2019ann\u00e9e 14<\/em>, Paris, Armand Colin, pp. 80-90.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> (28 juillet 1914), \u00ab&nbsp;Est-ce la guerre&nbsp;?&nbsp;\u00bb in <em>Journal de Beaune<\/em>, p. 1.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019heure de la mobilisation fran\u00e7aise<\/h2><p>Depuis la rupture des relations entre l\u2019Autriche-Hongrie et la Serbie le 25 juillet, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise anticipe l\u2019escalade des tensions europ\u00e9ennes en prenant plusieurs mesures, m\u00eame s\u2019il y a des dissensions au gouvernement sur la marche \u00e0 suivre entre ceux qui ne veulent pas envenimer les relations avec l\u2019Allemagne et certains g\u00e9n\u00e9raux, comme Joffre, qui souhaitent devancer la mobilisation allemande<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Ce jour-l\u00e0, des bataillons de tirailleurs commencent leur rapatriement en France depuis le Maroc et les permissions ne sont plus accord\u00e9es. Le lendemain, les man\u0153uvres sont suspendues et les officiers en permissions rappel\u00e9s. Les compagnies de chemins de fer sont avis\u00e9es que des dispositions peuvent \u00eatre rapidement mises en place en cas d\u2019une mobilisation sur laquelle la presse reste muette. Le 28 juillet, les permissionnaires de l\u2019arm\u00e9e et de la gendarmerie sont rappel\u00e9s, ordre est donn\u00e9 \u00e0 des unit\u00e9s de se pr\u00e9parer \u00e0 partir pour les fronti\u00e8res dont la surveillance est renforc\u00e9e. Le 30, les unit\u00e9s dans le nord-est du pays peuvent louer et acheter animaux et moyens de transport autant que n\u00e9cessaire. Sept bataillons de zouaves et soldats coloniaux font route vers les ports de Casablanca et Oran<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Le vendredi 31 juillet 1914, Jaur\u00e8s est assassin\u00e9, les tensions ne font que s\u2019accumuler. L\u2019ordre de mobilisation n\u2019est pas encore d\u00e9clar\u00e9 mais il appara\u00eet de plus en plus clairement que les hostilit\u00e9s sont sur le point d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9es puisque des milliers d\u2019hommes sont sur le pied de guerre.<\/p><p>\u00c9mile Godard est un jeune cavalier du 14<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de chasseurs \u00e0 cheval. Il est casern\u00e9 \u00e0 Dole dans le Jura, o\u00f9 \u00ab&nbsp;en raison de la tension politique, le r\u00e9giment a re\u00e7u l\u2019ordre depuis quelques jours de prendre des mesures pr\u00e9paratoires \u00e0 la mobilisation<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb. \u00c0 11 heures, les Dolois peuvent observer sur le champ de foire le passage en revue de la garnison par le g\u00e9n\u00e9ral Aubier<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. \u00c0 ce moment, l\u2019Allemagne d\u00e9clare l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge et prend des mesures similaires \u00e0 la France. Parmi les mesures prises ce jour, et fait peu connu de la guerre, se trouve la convocation pour un exercice des services de la garde des voies de communication (G.V.C.). Ce sont les premiers fran\u00e7ais mobilis\u00e9s.<\/p><p>Alphonse Leroy, Arn\u00e9tois alors \u00e2g\u00e9 de 44 ans, est affect\u00e9 \u00e0 la section locale des G.V.C. qui est compos\u00e9e d\u2019hommes appartenant \u00e0 la r\u00e9serve de l\u2019arm\u00e9e territoriale. Comme tous les autres Fran\u00e7ais avec des obligations militaires, Alphonse Leroy poss\u00e8de un fascicule de mobilisation qu\u2019il doit toujours conserver avec lui. Ce fascicule indique aux militaires et r\u00e9servistes leur affectation en cas de mobilisation afin qu\u2019ils puissent prendre la route rapidement. Les sections de la garde des voies de communication, institu\u00e9es dans les ann\u00e9es 1880, forment des unit\u00e9s cruciales pour le bon d\u00e9roulement de la mobilisation, dans un premier temps, puis de l\u2019approvisionnement continuel des fronts et du reste du pays en mat\u00e9riels et vivres. Les gardes doivent se poster \u00e0 des points strat\u00e9giques pr\u00e9\u00e9tablis pour des missions de surveillance des gares, voies ferr\u00e9es et fluviales ainsi que des routes importantes. L\u2019ennemi pourrait essayer de saboter ces voies de communication tant vers les fronts qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. En th\u00e9orie, les gardes sont affect\u00e9s pr\u00e8s de chez eux, \u00e0 une dizaine ou vingtaine de kilom\u00e8tres tout au plus. Certains rejoignent un temps un d\u00e9p\u00f4t \u00e0 proximit\u00e9 de leur domicile pour participer \u00e0 l\u2019accueil des r\u00e9servistes et leur fournir \u00e9quipement, mat\u00e9riel et transport. Bien souvent, le G. V. C. n\u2019a pas d\u2019uniforme \u00e0 proprement parler au moment de la mobilisation. Il est \u00e9quip\u00e9 au fur et \u00e0 mesure selon les stocks disponibles et il n\u2019est pas rare de voir un garde faire le \u00ab&nbsp;planton&nbsp;\u00bb habill\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 en civil, \u00e0 moiti\u00e9 en uniforme, chauss\u00e9 de ses sabots. Alphonse Leroy ne rejoint son affectation que le 3 ao\u00fbt mais il n\u2019est pas impossible qu\u2019il participe \u00e0 l\u2019exercice du 31 juillet, sauf s\u2019il \u00e9tait absent de chez lui lorsque le facteur ou les gendarmes d\u2019Arnay lui apportent urgemment la nouvelle de son appel.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le Naour, Jean-Yves (2016), <em>1914. Op. cit.,<\/em> (version num\u00e9rique non pagin\u00e9e).<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> (27 ao\u00fbt 2014), \u00ab&nbsp;Les gardes des voies de communication (GVC)&nbsp;: les premiers mobilis\u00e9s&nbsp;?&nbsp;\u00bb in <em>GVC 14-18<\/em> [En ligne].<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> S. H. D., <em>M\u00e9moire des Hommes<\/em>, Journaux des marches et op\u00e9rations des corps de troupe, 14<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de chasseurs \u00e0 cheval, 31 juillet 1914 \u2013 28 f\u00e9vrier 1915 (26 N 891\/1), vue 4\/27.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le g\u00e9n\u00e9ral de division Louis Achille Aubier.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019annonce<\/h2><p><em>1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914<\/em>. La guerre est d\u00e9sormais in\u00e9vitable. La mobilisation g\u00e9n\u00e9rale est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9. Le lendemain, l\u2019ordre de mobilisation est placard\u00e9 publiquement dans toutes les communes de France. Il y a d\u00e9j\u00e0 des morts. \u00c0 Joncherey, dans le territoire de Belfort, le caporal Jules Peugeot de la 6<sup>e<\/sup> compagnie du 44<sup>e<\/sup> R.I. aper\u00e7oit des cavaliers allemands qui sont entr\u00e9s en France en reconnaissance. Le lieutenant allemand Albert Mayer tire quelques coups en direction des Fran\u00e7ais et blesse le caporal Peugeot qui a lui-m\u00eame retourn\u00e9 le feu, touchant mortellement Mayer. Peugeot s\u2019\u00e9croule \u00e0 son tour quelques minutes plus tard. Ils sont les premiers soldats allemand et fran\u00e7ais tu\u00e9s<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. La guerre n\u2019est pas encore d\u00e9clar\u00e9e par l\u2019Allemagne, il faut attendre quelques heures.<\/p><p>Nous n\u2019avons pas trouv\u00e9 de r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 de l\u2019annonce de la mobilisation v\u00e9cue \u00e0 Arnay-le-Duc mais la sc\u00e8ne, certainement similaire \u00e0 celle d\u2019autres communes, peut \u00eatre imagin\u00e9e. Il est 16 heures pass\u00e9es. Les pr\u00e9fets transmettent aux sous-pr\u00e9fectures et mairies l\u2019ordre de mobilisation. Le maire d\u2019Arnay, Nicolas Hutin, ou un membre du conseil municipal s\u2019il est indispos\u00e9, alerte imm\u00e9diatement la gendarmerie et fait afficher le d\u00e9cret de mobilisation. Des gendarmes restent sur la place de l\u2019h\u00f4tel de ville pour maintenir l\u2019ordre. D\u2019autres sont d\u00e9p\u00each\u00e9s au hameau de Chassenay et aux \u00e9carts, puis aux communes rurales qui ne sont pas \u00e9quip\u00e9es du t\u00e9l\u00e9graphe, pour annoncer la nouvelle. L\u2019abb\u00e9 Didier ou un de ses assistants fait sonner les cloches avant de se rendre vers la mairie o\u00f9 un tambour ou une trompette retentit pour appeler la population. Les Maufroy sont r\u00e9put\u00e9s bons musiciens, peut-\u00eatre que Claude fils bat tambour. La limerie s\u2019est vid\u00e9e de ses ouvriers et les magasins ferment momentan\u00e9ment. Certains habitants de Chassenay pr\u00e9venus se dirigent vers le bourg pour venir aux nouvelles et discuter.<\/p><p>Certes, dans le brouhaha des discussions il y a des heureux d\u2019apparence qui par passion patriotique disent <em>sus aux boches<\/em> mais la r\u00e9action premi\u00e8re est la consternation. La r\u00e9signation arrive mais apr\u00e8s l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 premi\u00e8re. Le tonnelier du Minervois Barthas \u00e9crit dans son journal qu\u2019il faut montrer en public \u00ab&nbsp;un vrai ou faux courage<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;\u00bb. Dans ses carnets de guerre, Marc Bloch fait part de la \u00ab&nbsp;tristesse qui \u00e9tait au fond de tous les c\u0153urs. [\u2026] Les hommes pour la plupart n\u2019\u00e9taient pas gais&nbsp;; ils \u00e9taient r\u00e9solus, ce qui vaut mieux<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb. \u00c0 Nevers et \u00e0 Tulle, des officiers se suicident, peut-\u00eatre par peur d\u2019aller au front, peut-\u00eatre par peur de d\u00e9cevoir. Il y a une grande effervescence mais, paradoxalement, tout semble se figer dans le temps pendant quelques instants. Il ne s\u2019agit pas seulement de pr\u00e9parer mentalement et mat\u00e9riellement son d\u00e9part ou celui d\u2019un proche mais de r\u00e9organiser sa fa\u00e7on de vivre et celle de sa communaut\u00e9. Les banques sont prises d\u2019assaut d\u00e8s le matin du samedi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt, avant l\u2019annonce officielle. \u00c0 Beaune, elles ne peuvent plus qu\u2019\u00e9changer de petites coupures et des limites hebdomadaires de retrait sont instaur\u00e9es<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Le banquier d\u2019Arnay Claude Charlot-Mich\u00e9a doit lui aussi voir venir \u00e0 son \u00e9tablissement nombre de ses concitoyens<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Des \u00e9l\u00e9ments de la vie quotidienne sont boulevers\u00e9s d\u00e8s la mobilisation. La mairie de Dijon demande que les ordures m\u00e9nag\u00e8res soient br\u00fbl\u00e9es faute d\u2019hommes et de chevaux pour les ramasser. Les boulangers sont encourag\u00e9s \u00e0 \u00eatre solidaires avec les familles n\u00e9cessiteuses qui perdent leur gagne-pain avec la mobilisation. Les assises sont renvoy\u00e9es fautes de jury<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. On se presse de conclure les affaires urgentes avant de se coucher. Les paysans essaient de moissonner autant que possible avant de partir et on met en place des recommandations \u00e0 qui prend la gestion de l\u2019entreprise. Les fourches des paysans, les outils des ouvriers, les crayons des secr\u00e9taires et les ciseaux des coiffeurs sont progressivement pos\u00e9s pour \u00eatre bient\u00f4t troqu\u00e9s contre un Lebel et une Rosalie<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. \u00c0 partir du 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, environ 2 700 000 hommes formant la r\u00e9serve et l\u2019arm\u00e9e territoriale, ainsi que les actifs lib\u00e9r\u00e9s en avance du service qui sont retourn\u00e9s chez eux, partent pour les d\u00e9p\u00f4ts. Un tel mouvement humain, avec ses cons\u00e9quences \u00e9motionnelles et \u00e9conomiques, n\u2019est jamais survenu auparavant.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le Naour, Jean-Yves (2016), <em>1914. Op. cit.,<\/em> (version num\u00e9rique non pagin\u00e9e).<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Cit\u00e9 par Cazals, R\u00e9my, Loez, Andr\u00e9 (2021), <em>14-18, op. cit.<\/em>, p. 21.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 20.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> (4 ao\u00fbt 1914), \u00ab&nbsp;Les Heures d\u2019Angoisse&nbsp;\u00bb in <em>Journal de Beaune<\/em>, p. 2.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Claude Martin Charlot, \u00e9poux de Fran\u00e7oise Mich\u00e9a. Il semble avoir travaill\u00e9 pour la banque Bernheim. Rappelons qu\u2019il \u00e9tait courant pour un homme d\u2019accoler le patronyme de son \u00e9pouse au sien.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> (3 ao\u00fbt), <em>Le Progr\u00e8s de la C\u00f4te-d\u2019Or<\/em>, p. 2.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le fusil 1886 mod\u00e8le 93, dit \u00ab&nbsp;Lebel&nbsp;\u00bb, est le fusil standard du fantassin. Rosalie est un surnom pour la ba\u00efonnette du Lebel. Le terme semble appara\u00eetre vers novembre 1914.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Certains hommes sont mobilis\u00e9s avant le d\u00e9but officiel de la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, notamment ceux de la garde des voies de communication ou les cadres r\u00e9servistes.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><h2 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9part<\/h2><p>L\u2019ambiance lourde qui r\u00e8gne \u00e0 Arnay-le-Duc au matin du dimanche 2 ao\u00fbt 1914 est extraordinaire. Si des hommes ne doivent partir que le lendemain ou dans les jours qui suivent, la plupart se mettent en route ce jour. Il faut se h\u00e2ter. On demande aux mobilis\u00e9s de se raser les cheveux et la moustache, d\u2019emporter quelques v\u00eatements de rechange comme un cale\u00e7on et une bonne paire de chaussettes, et de quoi manger pour une journ\u00e9e le temps d\u2019arriver au d\u00e9p\u00f4t. Des centaines de personnes convergent alors vers la gare d\u2019Arnay. Ils partent majoritairement vers les r\u00e9giments de Dijon, d\u2019Auxonne et de Beaune. D\u2019autres vont \u00e0 Autun, Besan\u00e7on, Chalon-sur-Sa\u00f4ne et Langres. Il y a certainement un peu de musique, peut-\u00eatre une fanfare. Les appel\u00e9s accompagn\u00e9s de leur famille se disent au revoir. C\u2019est une ultime \u00e9treinte pour beaucoup.<\/p><p>Joseph Vatan, r\u00e9cemment ordonn\u00e9 pr\u00eatre, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 vicaire \u00e0 Arnay au milieu du mois de juillet pour remplacer l\u2019abb\u00e9 Guillemet. Cela fait tout juste deux jours qu\u2019il est officiellement r\u00e9sident d\u2019Arnay. Ce pr\u00eatre de la classe 1908 originaire de Sury-en-Vaux dans le Cher s\u2019appr\u00eate \u00e0 rejoindre le d\u00e9p\u00f4t du 27<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie \u00e0 Dijon. Il raconte bri\u00e8vement son d\u00e9part d\u2019Arnay dans une lettre du 17 ao\u00fbt adress\u00e9e au sup\u00e9rieur du grand s\u00e9minaire de Dijon<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p><blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>J&rsquo;avais esp\u00e9r\u00e9 vous rendre visite avant mon d\u00e9part, mais il a \u00e9t\u00e9 si brusque qu&rsquo;il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 impossible d&rsquo;aller vous trouver le dimanche soir. J&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 le dimanche [\u00e0 Dijon, n.d.a.] apr\u00e8s avoir dit le matin, pour la premi\u00e8re fois la messe \u00e0 Saint Prix<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>La mobilisation est en effet brutale. Elle provoque l\u2019angoisse et la s\u00e9paration. L\u2019abb\u00e9 Vatan n\u2019a probablement pas encore d\u2019attache \u00e0 Arnay, alors une fois sa premi\u00e8re messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le matin, il part \u00e0 Dijon. Il salue peut-\u00eatre ses parents qui vivent \u00e0 Talant, mais il ne mentionne que sa vaine tentative de visiter le sup\u00e9rieur Beurtey, une figure sans aucun doute paternelle. \u00c0 l\u2019instar de l\u2019abb\u00e9 et du sup\u00e9rieur, beaucoup d\u2019hommes mobilis\u00e9s n\u2019ont pas le temps de voir une derni\u00e8re fois leurs \u00eatres chers.<\/p><p>Les hommes quittent leur ville ou village au milieu des larmes. Ces derni\u00e8res sont d\u2019ordinaire r\u00e9serv\u00e9es aux femmes et \u00e0 l\u2019espace priv\u00e9. Mais la mobilisation d\u2019ao\u00fbt 1914 provoque un d\u00e9versement des larmes dans l\u2019espace public. Les pleurs f\u00e9minins sont compris et accept\u00e9s m\u00eame si leur manifestation excessive est critiqu\u00e9e. Les hommes doivent quant \u00e0 eux se montrer impassibles. La r\u00e9alit\u00e9 est n\u00e9anmoins bien plus complexe que ce que les vieux carcans sexu\u00e9s laissent imaginer. L\u2019historienne Cl\u00e9mentine Vidal-Naquet, qui a \u00e9tudi\u00e9 ce moment difficile qu\u2019est la rupture conjugale et familiale entra\u00een\u00e9e par le d\u00e9part des combattants, souligne la pr\u00e9sence visible d\u2019\u00e9motions masculines comme l\u2019effusion de larmes \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9part<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. \u00c0 l\u2019exception de la brutalit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9voqu\u00e9e par l\u2019abb\u00e9 Vatan, nous n\u2019avons pas de description de ces sc\u00e8nes de s\u00e9paration \u00e0 Arnay. Il faut les imaginer<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p><p>Alexis Laurent, ouvrier \u00e0 la limerie, et son \u00e9pouse Elisa Creusevot viennent de c\u00e9l\u00e9brer la naissance de leur enfant le 13 juillet dernier. Le d\u00e9part d\u2019Alexis pour le 170<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie \u00e0 \u00c9pinal a le go\u00fbt am\u00e8re d\u2019abandonner son nouveau-n\u00e9 et son \u00e9pouse. Il arrive \u00e0 \u00c9pinal le 3 ao\u00fbt. F\u00e9lix Hauser se pr\u00e9sente au 109e R.I. \u00e0 Chaumont le soir du 2 ao\u00fbt. Le jardinier Claude Billet fait ses adieux \u00e0 Jeanne et \u00e0 leurs enfants Fran\u00e7oise, \u00e2g\u00e9e de 4 ans, et Julien, 2 ans. Guy Rossignol arrive au 13e R.I., casern\u00e9 \u00e0 Nevers et Decize dans la Ni\u00e8vre, le 3 ao\u00fbt. Claude Maufroy, 45 ans, est avec le 57e r\u00e9giment d\u2019infanterie territoriale d\u00e8s le 2 ao\u00fbt. Son demi-fr\u00e8re Jean Baptiste, 28 ans, est affect\u00e9 au 21<sup>e<\/sup> R.I. de Dijon o\u00f9 il se pr\u00e9sente le 4 ao\u00fbt. Il est imm\u00e9diatement vers\u00e9 dans le 210<sup>e<\/sup> R.I., r\u00e9giment de r\u00e9serve qui vient d\u2019\u00eatre constitu\u00e9. Louis dit Joseph Godard, qui vient de se marier avec Marthe Nectoux le 18 juillet, n\u2019est quant \u00e0 lui pas rappel\u00e9 \u00e0 la mobilisation. Il est affect\u00e9 sp\u00e9cial comme facteur rural \u00e0 Arnay-le-Duc. Les facteurs sont essentiels au bon d\u00e9roulement de la mobilisation. Louis ne part au corps que le 25 ao\u00fbt. Beaucoup d\u2019hommes travaillant dans le transport ferroviaire poursuivent aussi leur activit\u00e9 professionnelle civile dans leur lieu de r\u00e9sidence. Jean Baptiste Dussaule reste chauffeur&nbsp;aux tramways d\u00e9partementaux sans affectation de guerre jusqu\u2019au 13 ao\u00fbt. Aux c\u00f4t\u00e9s de ceux qui disposent d\u2019un sursis avant leur appel comme Dussaule et Godard, se trouvent les exempt\u00e9s temporaires ou auparavant d\u00e9finitifs de service militaire. Ils doivent passer rapidement devant des conseils de r\u00e9vision. C\u00e9saire Rimet, de la classe 1895, avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 en 1896. Il passe n\u00e9anmoins devant le conseil de r\u00e9vision au d\u00e9but de la guerre qui l\u2019exempte d\u00e9finitivement de service. Le coiffeur Joseph Henri, 37 ans, n\u2019a jamais fait de service militaire, \u00e9tant exempt\u00e9 pour \u00ab&nbsp;arr\u00eat de d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb. Cette d\u00e9cision est confirm\u00e9e par le conseil de la C\u00f4te-d\u2019Or en septembre 1914 et le sera \u00e0 nouveau en 1917. Le jeune comptable Charles Gruer \u00e9tait ajourn\u00e9 en 1912 pour \u00ab&nbsp;faiblesse&nbsp;\u00bb puis exempt\u00e9 pour \u00ab&nbsp;bronchite sp\u00e9cifique&nbsp;\u00bb en 1913. Il est convoqu\u00e9 devant un conseil en octobre 1914 alors que des mesures sont mises en place pour remplacer les pertes des premi\u00e8res semaines de guerre. Est-il soulag\u00e9 en ao\u00fbt 1914 de ne pas partir&nbsp;? Est-il au contraire d\u00e9\u00e7u&nbsp;? Peut-\u00eatre les deux. Gruer part rejoindre ses camarades en octobre. Auguste Schneider, ouvrier \u00e0 la limerie originaire de Magnien, n\u2019est pas jug\u00e9 apte au service arm\u00e9e \u00e0 cause de \u00ab&nbsp;varices remontantes&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s avoir fait son service dans l\u2019artillerie de 1908 \u00e0 1910, il est affect\u00e9 comme r\u00e9serviste dans le service auxiliaire. Il y est maintenu \u00e0 la mobilisation mais cela ne lui convient visiblement pas. Il se rend \u00e0 la mairie d\u2019Auxonne le 17 septembre pour contracter un engagement volontaire dans l\u2019infanterie pour toute la dur\u00e9e de la guerre. Chaque homme et chaque famille vit une exp\u00e9rience unique de la mobilisation durant laquelle se m\u00ealent attente et pr\u00e9cipitation, col\u00e8re et tristesse, engouement et r\u00e9signation sto\u00efque.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Edmond Beurtey, par ailleurs ancien cur\u00e9 d\u2019Arnay-le-Duc de 1899 \u00e0 1906.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Archives du dioc\u00e8se de Dijon, Correspondance de Joseph Vatan, \u00ab&nbsp;Lettre du 17 ao\u00fbt 1914&nbsp;\u00bb, cote provisoire 4Q 2\/4\/3. La lettre enti\u00e8re est reproduite en annexe.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir notamment Vidal-Naquet, Cl\u00e9mentine, \u00ab&nbsp;La s\u00e9paration&nbsp;: l\u2019amour \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du d\u00e9part au combat en ao\u00fbt 1914&nbsp;\u00bb in <em>Vingti\u00e8me Si\u00e8cle. Revue d\u2019histoire<\/em>, n\u00b0123 (juillet-septembre 2014), pp. 103-116.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Si le passage qui suit \u00e9voque des Arn\u00e9tois et reconstitue les liens familiaux, nous ne pouvons pas \u00eatre certain qu\u2019ils se trouvaient bel et bien \u00e0 Arnay au moment de la mobilisation.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><h2 class=\"wp-block-heading\">Haine, espions et fausses nouvelles<\/h2><p>Aux \u00e9motions du d\u00e9part s\u2019ajoutent une multitude de ressentis face \u00e0 l\u2019actualit\u00e9. Tout le monde a les yeux riv\u00e9s sur les journaux et les oreilles tendues pour \u00e9couter les nouvelles apport\u00e9es par les voyageurs, par le t\u00e9l\u00e9graphiste indiscret ou les notables qui ont un bon r\u00e9seau hors d\u2019Arnay-le-Duc. Des trains de troupes montant vers le front et bond\u00e9s d\u2019appel\u00e9s participent au colportage de toutes sortes de nouvelles. Il y a certainement un l\u00e9ger apaisement des esprits le 4 ao\u00fbt par les nouvelles venant de Londres. Le Royaume-Uni entre en guerre. Mais il y a surtout de la col\u00e8re. La presse rend habilement hommage au caporal Peugeot, le premier soldat tu\u00e9, ce qui attise la haine contre l\u2019Allemagne. Les Fran\u00e7ais apprennent aussi l\u2019invasion ill\u00e9gale du duch\u00e9 de Luxembourg, pays neutre, et le bombardement de villes alg\u00e9riennes par la flotte allemande<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. \u00c0 la haine se m\u00ealent m\u00e9fiance et suspicion. Le gouvernement d\u00e9cr\u00e8te que tous les \u00e9trangers, quelle que soit leur nationalit\u00e9, doivent se pr\u00e9senter \u00e0 la mairie de leur r\u00e9sidence le 3 ao\u00fbt avant 18 heures sous peine d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des espions. Ils ne peuvent plus se d\u00e9placer sans laissez-passer d\u00e8s le lendemain<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. De tous les \u00e9trangers, il s\u2019agit surtout de se m\u00e9fier des <em>austro-boches<\/em>. Les ressortissants allemands et austro-hongrois sont arr\u00eat\u00e9s un peu partout en France pour \u00eatre bient\u00f4t conduits dans des camps de prisonniers civils. Ils se voient offrir la possibilit\u00e9 de quitter le pays dans les heures qui suivent la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale mais c\u2019est l\u00e0 une t\u00e2che bien impossible avec la r\u00e9quisition des trains pour le transport des soldats. Il n\u2019y a pas d\u2019Allemands \u00e0 Arnay-le-Duc mais il y a bien des noms qui portent \u00e0 confusion. Les Jantzen sont-ils dignes de confiance&nbsp;? Et les Denninger&nbsp;? Ces derniers sont d\u2019origine alsacienne mais sont-ils vraiment loyaux \u00e0 la France&nbsp;? D\u2019ailleurs, leur fils Julien est exempt\u00e9. \u00c0 la suspicion d\u2019\u00eatre \u00e0 la solde des Allemands se greffent les rumeurs sur les \u00ab&nbsp;planqu\u00e9s&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;embusqu\u00e9s&nbsp;\u00bb qui cherchent le moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la mobilisation. Il est facile de voir des ennemis partout dans un tel climat.<\/p><p>La rumeur pr\u00e9tend que des bandes d\u2019espions et saboteurs en automobiles sillonnent les campagnes, y compris en Sa\u00f4ne-et-Loire o\u00f9 le pr\u00e9fet d\u00e9clare recevoir chaque jour des dizaines d\u2019avis d\u2019arrestations de personnes qui sont parfaitement innocentes<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. D\u00e9j\u00e0 au mois de juin, un Allemand nomm\u00e9 Camille Kieffer s\u2019est fait arr\u00eater \u00e0 Dijon pour avoir suppos\u00e9ment rassembl\u00e9 des informations sur le centre d\u2019aviation. Au m\u00eame moment, un Dijonnais, citoyen fran\u00e7ais, souffrant de troubles mentaux, est lui aussi \u00e9crou\u00e9 pour espionnage<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. On raconte que le dimanche 2 ao\u00fbt un espion se serait fait tuer \u00e0 Dijon apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de faire exploser le pont de l\u2019Arquebuse. Une atmosph\u00e8re folle recouvre rapidement la France. On suspecte tr\u00e8s vite son voisin ou un passant, dans les villes comme dans les villages, surtout si des installations militaires ou logistiques, y compris des gares, s\u2019y trouvent.&nbsp; Le parquet de la Seine annonce l\u2019arrestation de 52 espions le 3 ao\u00fbt. Le 6, le maire de Dijon Charles Dumont fait publier dans la presse un \u00ab&nbsp;appel au calme, \u00e0 la sagesse, \u00e0 la dignit\u00e9&nbsp;\u00bb apr\u00e8s des \u00e9chauffour\u00e9es et malheureux passages \u00e0 tabac de personnes innocentes<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p><p>Tout le monde entend parler des atrocit\u00e9s plus ou moins av\u00e9r\u00e9es commises par l\u2019arm\u00e9e allemande. Les nerfs de la population et des soldats sont extr\u00eamement tendus. \u00c0 Rambouillet, un G. V. C. tire sur une voiture qui roule trop vite, croyant \u00e0 un espion qui cherche \u00e0 s\u2019enfuir. La victime est l\u2019historien et diplomate Edmond de Fels. Il survit \u00e0 l\u2019incident. Aux fronti\u00e8res, les militaires allemands, qui ont aussi l\u2019impression d\u2019\u00eatre les victimes d\u2019une agression franco-russe, ont peur d\u00e8s qu\u2019ils avancent trop pr\u00e8s de la France. Le souvenir des francs-tireurs de 1870 est bien pr\u00e9sent, surtout en Alsace. Les Allemands s\u2019imaginent que chaque civil est un combattant potentiel et que les puits sont probablement empoisonn\u00e9s. Alors partout o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e passe des exactions sont perp\u00e9tr\u00e9es contre des civils. La rumeur se m\u00e9lange \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et les propos des r\u00e9fugi\u00e9s qui viennent de Belgique, du nord et de l\u2019est de la France r\u00e9sultent de d\u00e9sinformation, surench\u00e9rissement et ou\u00ef-dire. Les exactions sont bien r\u00e9elles et ne se cantonnent pas aux porteurs du casque \u00e0 pointe. Les Fran\u00e7ais en commettent aussi. Avec les jours qui passent et la nervosit\u00e9 des soldats qui se massent vers les fronti\u00e8res et d\u00e9couvrent le visage de la guerre, les abus commis par les troupes fran\u00e7aises augmentent. Dans les Ardennes, un ancien gendarme et secr\u00e9taire de mairie, Louis Sandt, homme \u00ab&nbsp;bourru&nbsp;\u00bb mais honn\u00eate et patriote, est pris pour un espion par une sentinelle. Il proteste, des t\u00e9moins le soutiennent, mais qu\u2019importe, un sous-officier l\u2019ex\u00e9cute d\u2019une balle dans la t\u00eate et s\u2019acharne ensuite avec une b\u00eache. Lors du proc\u00e8s en 1927, une t\u00e9moin \u00e9voque la \u00ab&nbsp;surexcitation&nbsp;\u00bb des soldats<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Dans le Nord, Jules Strimelle, qui ne parle que le dialecte local, le <em>ch\u2019ti<\/em>, est vu en possession de pigeons. Il est fusill\u00e9 sans aucune forme de proc\u00e8s<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. C\u2019est ce que d\u00e9couvrent les soldats arn\u00e9tois, et peut-\u00eatre que certains d\u2019entre eux participent \u00e9galement \u00e0 ces atrocit\u00e9s et m\u00e9faits. D\u00e8s la mobilisation, la guerre fait ressortir chez chacun, et chacune, une pl\u00e9thore d\u2019\u00e9motions. Elle transforme tr\u00e8s vite les hommes. Ils deviennent soldats d\u00e8s qu\u2019ils rev\u00eatent l\u2019uniforme et le meilleur comme le pire peut surgir. Il ne s\u2019agit pas de juger. Le contexte est brutal et provoque une \u00e9bullition parfois confuse d\u2019\u00e9motions qu\u2019il est difficile de contr\u00f4ler selon les individus. Le parcours de certains soldats arn\u00e9tois montre cette complexit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le Naour, Jean-Yves (2016), <em>1914. Op. cit.,<\/em> (version num\u00e9rique non pagin\u00e9e).<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> (3 ao\u00fbt 1914), <em>Le Progr\u00e8s de la C\u00f4te-d\u2019Or<\/em>, p. 2.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Le Naour, Jean-Yves (2016), <em>1914. Op. cit.,<\/em> (version num\u00e9rique non pagin\u00e9e).<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> (28 juillet 1914), \u00ab&nbsp;Dijon \u2013 Affaires d\u2019espionnage&nbsp;\u00bb in <em>Journal de Beaune<\/em>, p. 3.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> (6 ao\u00fbt 1914), \u00ab&nbsp;Appel au calme, \u00e0 la sagesse, \u00e0 la dignit\u00e9&nbsp;\u00bb, in <em>Le Progr\u00e8s de la C\u00f4te-d\u2019Or<\/em>, p. 2.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> (21 janvier 1927), \u00ab&nbsp;Le soldat Cosmos et Louis Sandt, ex\u00e9cut\u00e9s sans jugement, \u00e9taient innocents&nbsp;\u00bb in <em>Les Nouvelles&nbsp;: journal quotidien du soir<\/em>, p. 1.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le Naour, Jean-Yves (2016), <em>1914. Op. cit.,<\/em> (version num\u00e9rique non pagin\u00e9e).<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><h2 class=\"wp-block-heading\">Vers le front avec le 27<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie<\/h2><p>Le 27<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie se pr\u00e9pare \u00e0 partir vers le front du 2 au 4 ao\u00fbt. Il est majoritairement compos\u00e9 de Bourguignons et plusieurs Arn\u00e9tois s\u2019y retrouvent. Charles Moreau et Pierre Martin sont d\u00e9j\u00e0 au corps puisqu\u2019ils effectuent leur service. Ils sont en compagnie du jeune Henri Carlier, engag\u00e9 volontaire en 1913, tout juste \u00e2g\u00e9 de 20 ans, et du caporal Fr\u00e9d\u00e9ric Suillerot. Le sergent r\u00e9serviste Claude Guyot les rejoint, tout comme l\u2019abb\u00e9 Vatan qui est caporal. D\u00e8s qu\u2019ils arrivent \u00e0 leur corps d\u2019affectation, les hommes deviennent pleinement soldats. Ils se voient confier un livret militaire, une plaque d\u2019identification, une arme, des munitions et un uniforme. Le fantassin rev\u00eat sa tenue de campagne&nbsp;: un k\u00e9pi en drap doubl\u00e9 d\u2019une basane en peau de ch\u00e8vre, la capote couleur gris de fer par-dessus une veste ou tunique, le fameux pantalon \u00ab&nbsp;garance&nbsp;\u00bb de l\u2019infanterie de ligne et des brodequins aux pieds. Cet uniforme embl\u00e9matique, bien ressemblant \u00e0 celui de 1870, est une besogne pour les soldats qui doivent s\u2019habiller dans la pr\u00e9cipitation et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9. Le havresac est compliqu\u00e9 \u00e0 attacher, il faut parfois l\u2019aide d\u2019un autre homme pour le fixer convenablement. Il est d\u2019ailleurs particuli\u00e8rement p\u00e9nible pour les hommes de petite taille et a tendance \u00e0 leur \u00e9craser les reins, sans compter qu\u2019il chevauche la cartouchi\u00e8re. Le couvercle des cartouchi\u00e8res ne fait que retomber sur la main de son porteur d\u00e8s que celui-ci bouge<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Quelques r\u00e9servistes ont un peu de mal \u00e0 enfiler l\u2019uniforme<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Il faut \u00eatre impeccable le 4 ao\u00fbt.<\/p><p>Le colonel Joseph Valentin, commandant le 27<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie, passe en revue le r\u00e9giment au complet \u00e0 la caserne Vaillant. Il adresse quelques mots \u00e0 ses hommes. Le d\u00e9part est fix\u00e9 pour le lendemain<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Tout au long du trajet menant des casernes aux gares, \u00e0 Dijon comme ailleurs, les soldats sont accompagn\u00e9s par des c\u00e9l\u00e9brations patriotiques. Des drapeaux de la France sont partout agit\u00e9s, des \u00ab&nbsp;vive l\u2019arm\u00e9e&nbsp;! Vive la Russie&nbsp;! Vive la France&nbsp;! retentissent&nbsp;\u00bb \u00e9crit un journaliste du <em>Progr\u00e8s de la C\u00f4te-d\u2019Or<\/em>, \u00ab&nbsp;on s\u2019embrasse\u2026 On crie. Mais on ne pleure pas<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb. Certaines familles ont fait le trajet jusqu\u2019\u00e0 Dijon pour voir leurs proches partir. La population assembl\u00e9e pour observer le d\u00e9part des hommes attache bien des fleurs aux fusils mais l\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019est pas aussi heureux que cette image d\u2019\u00c9pinal nous laisse croire. En r\u00e9alit\u00e9, beaucoup de soldats se contiennent et s\u2019auto-persuadent que tout va bien se passer. Les encouragements de la population aident. La guerre doit \u00eatre rapide, ce ne doit \u00eatre qu\u2019une longue mais farouche charge fran\u00e7aise en direction de Berlin. C\u2019est ce que l\u2019on se dit dans les wagons pendant le voyage. Il y a beaucoup de discussions. Les 3 338 hommes du 27<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie partagent leurs suppositions sur la suite des \u00e9v\u00e9nements, se rassurent, \u00e9voquent les souvenirs de ceux de leur famille qui ont fait la guerre de 1870<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Il y a des commentaires sur l\u2019actualit\u00e9. Comment avons-nous pu en arriver l\u00e0, disent certains alors que le convoi traverse la C\u00f4te-d\u2019Or, la Haute-Sa\u00f4ne et poursuit dans la nuit sa route jusqu\u2019aux Vosges.<\/p><p>Les 3 bataillons du 27\u00b0 R.I. arrivent \u00e0 Charmes, dans les Vosges, vers 10 heures du matin le 6 ao\u00fbt. Certains soldats n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi loin de chez eux. Le r\u00e9giment p\u00e9n\u00e8tre ensuite en Meurthe-et-Moselle et occupe le secteur Saint-Germain-Loromontzey-Villacourt. Ils effectuent des exercices militaires et physiques qui sont surtout une remise en forme pour les longues marches \u00e0 venir qui se font parfois la nuit. On parle d\u2019Allemands qui ne seraient pas tr\u00e8s loin, \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres. Le r\u00e9giment est \u00e0 Fraimbois le 13 ao\u00fbt. L\u2019atmosph\u00e8re est propice \u00e0 l\u2019angoisse et \u00e0 l\u2019excitation. Les hommes sont tr\u00e8s fatigu\u00e9s et la m\u00e9t\u00e9o est d\u00e9sagr\u00e9able. Il pleut mais le journal du r\u00e9giment aussi parle d\u2019une \u00ab&nbsp;chaleur torride<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>&nbsp;\u00bb. Bien des rumeurs circulent \u00e9galement, rapport\u00e9es par des locaux comme par des soldats. On dit que 300 uhlans allemands viennent d\u2019\u00eatre fait prisonniers et que Mulhouse est d\u00e9j\u00e0 prise par les Fran\u00e7ais, ce qui est faux<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. L\u2019excitation monte d\u2019un cran deux jours plus tard lorsque le 27\u00b0 R.I. devient le premier r\u00e9giment de la division \u00e0 traverser la fronti\u00e8re entre les villages d\u2019Autrepierre et Ibigny. Au soir du 16 ao\u00fbt, les bataillons s\u2019installent pleinement en territoire ennemi, \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres de Charmes \u00e0 vol d\u2019oiseau. L\u2019abb\u00e9 Joseph Vatan est au 1<sup>er<\/sup> bataillon, 4<sup>e<\/sup> compagnie, et cantonne \u00e0 Hablutz. Le sergent Claude Guyot, qui est au 2<sup>e<\/sup> bataillon, 7<sup>e<\/sup> compagnie, est \u00e0 Ibigny. Le 3<sup>e<\/sup> bataillon est cantonn\u00e9 dans une grosse ferme nomm\u00e9e d\u2019Haussonville. Des d\u00e9fenses sont install\u00e9es durant la nuit. Le lendemain \u00e0 l\u2019aube le r\u00e9giment avance en direction du petit village de Saint-Georges. Quelques uhlans s\u2019y trouvant sont \u00ab&nbsp;rapidement nettoy\u00e9s&nbsp;\u00bb. Les obus allemands pleuvent ensuite \u00e0 partir de 7 h. 40 et ce pendant 11 heures. Le r\u00e9giment tient dans ses positions. Il n\u2019y a pas d\u2019attaque \u00e0 proprement parler mais un long et douloureux \u00e9change d\u2019artillerie. Les hommes viennent de vivre leur bapt\u00eame du feu. La nuit apporte le calme et le 17 ao\u00fbt le 27\u00b0 R.I. part se reposer une journ\u00e9e en retrait \u00e0 Foulerey. On d\u00e9plore la mort de 7 soldats et les blessures d\u2019environ 70 hommes. C\u2019est probablement de Foulerey que l\u2019abb\u00e9 Vatan \u00e9crit au sup\u00e9rieur \u00e0 Dijon. Il indique dans l\u2019en-t\u00eate \u00e9crire \u00ab&nbsp;de l\u2019au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re le 17 ao\u00fbt 1914&nbsp;\u00bb. Il n\u2019entre pas dans les d\u00e9tails mais \u00e9voque avec humilit\u00e9 et sobri\u00e9t\u00e9 sa premi\u00e8re exp\u00e9rience du combat en donnant des nouvelles d\u2019un s\u00e9minariste&nbsp;:<\/p><blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>J\u2019ai la peine de vous apprendre que le caporal Mazoyer a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 hier au premier engagement que nous ayons eu \u00e0 faire<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. La blessure est l\u00e9g\u00e8re&nbsp;: un doigt \u00e9cras\u00e9 par une balle de schrapnell ou un \u00e9clat d\u2019obus, mais elle lui vaut d\u2019\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 en France sur Charmes, la base de notre concentration, ou m\u00eame jusque sur Dijon.<br>Mes autres confr\u00e8res et moi-m\u00eame sommes jusqu\u2019ici en bonne sant\u00e9 malgr\u00e9 des marches p\u00e9nibles et des nuits au dehors sous les pluies de ces jours derniers et malgr\u00e9 aussi la violence du feu d\u2019artillerie que nous avons eu \u00e0 subir sans que nous puissions tirer un coup de fusil&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote><p>Il n\u2019y a d\u00e9sormais plus de retour en arri\u00e8re possible. La guerre a bien lieu.<\/p><hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/><p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Funcken, Liliane, Funcken, Fred (1970), <em>L\u2019uniforme et les armes des soldats de la guerre 1914-1918, vol. I.&nbsp;: infanterie, blind\u00e9s, aviation<\/em>, Paris, Castermann, pp. 10-12.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> C\u2019est un probl\u00e8me relev\u00e9 notamment chez les r\u00e9servistes plus \u00e2g\u00e9s comme les territoriaux.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> (s.d.), <em>Historique du 27<sup>e<\/sup> R.I. pendant la guerre 1914-1918<\/em>, Dijon, R. Thorey, p. 5.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> (4 ao\u00fbt 1914), \u00ab&nbsp;La marche de la mobilisation&nbsp;\u00bb in <em>Le Progr\u00e8s de la C\u00f4te-d\u2019Or<\/em>, p. 1.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> (s.d.), <em>Historique du 27<sup>e<\/sup> R.I. op. citi.<\/em>, p. 3.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> S. H. D., M\u00e9moire des Hommes, <em>journaux des marches et op\u00e9rations des corps de troupe<\/em>, 27<sup>e<\/sup> R.I., 5 ao\u00fbt 1914 \u2013 20 mai 1915 (26 N 601\/1), vue 7\/110.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Les uhlans sont de la cavalerie l\u00e9g\u00e8re.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Il s\u2019agit de Louis Fran\u00e7ois Marie Mazoyer, n\u00e9 \u00e0 Voudenay, non loin d\u2019Arnay, en 1891. Il survit \u00e0 cette premi\u00e8re blessure mais sera tu\u00e9 en octobre 1918 dans la Marne.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin juillet 1914. Le temps est maussade et frais. Partout en France les paysans sont occup\u00e9s aux moissons, les ouvriers poursuivent leur travail habituel tout comme les artisans et les fonctionnaires. 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